Entre 2020 et 2025, plus de 1,5 million de nouveaux investisseurs particuliers se sont lancés sur les marchés actions en France. Les moins de 35 ans représentent désormais près de 40 % des investisseurs actifs. Cryptoactifs, gestion automatisée, ETF : les jeunes redessinent le paysage de l’investissement, entre démocratisation, goût du risque et révolution technologique.
Le rajeunissement spectaculaire de la Bourse française
La Bourse française a vécu, en cinq ans, un rajeunissement accéléré et sans précédent. Selon la note n° 140 du Cercle de l’Épargne publiée en février 2026, les moins de 35 ans, qui ne représentaient que 28 % des investisseurs particuliers en 2020, en constituent désormais près de 38 à 40 % en 2023. L’âge moyen des investisseurs actifs est tombé à 43,8 ans pour les hommes et 54,6 ans pour les femmes en 2024, soit un recul de plus de cinq ans en seulement deux ans. Au total, plus de 1,5 million de nouveaux investisseurs particuliers se sont lancés sur les marchés actions entre 2020 et 2025.
Ces nouveaux venus privilégient les comptes en ligne, les néobanques et les applications d’investissement sur smartphone. Ils se tournent volontiers vers les ETF (fonds indiciels cotés), perçus comme simples, transparents et peu coûteux, à rebours des produits bancaires traditionnels souvent jugés opaques et chargés en frais. La gestion automatisée, les robo-advisors et les outils pilotés par intelligence artificielle les séduisent également. Leur rapport à l’investissement est différent de celui de leurs aînés : plus direct, plus décomplexé, alimenté par les réseaux sociaux et les contenus financiers en ligne.
La démocratisation reste toutefois incomplète, note le Cercle. La Bourse demeure un territoire encore majoritairement masculin, et la détention d’actifs risqués reste fortement corrélée au niveau de revenu et d’éducation financière. Le chemin vers une véritable démocratisation actionnariale est encore long, et les enjeux de littératie financière se posent avec acuité. La multiplication des contenus financiers sur YouTube, TikTok et les podcasts spécialisés a certes contribué à désacraliser l’investissement, mais elle s’accompagne aussi de risques : informations approximatives, biais de survie dans les témoignages d’investisseurs, et parfois promotion déguisée de produits risqués.
Les cryptoactifs : un fait culturel plus qu’un placement de masse
En 2025, environ 12 % des ménages français détiennent des cryptoactifs, selon le Cercle de l’Épargne, un chiffre encore éloigné des 21 % observés aux États-Unis. Près de 30 % des moins de 35 ans en possèdent ou en ont possédé, et 57 % des détenteurs ont moins de 35 ans. Pour 54 % d’entre eux, les cryptoactifs représentent moins de 10 % de leur épargne totale : il s’agit le plus souvent d’un investissement marginal, exploratoire, voire ludique.
La crypto n’est donc pas un investissement de masse par les montants en jeu. Mais elle constitue un fait culturel majeur, doté d’une puissance symbolique considérable, souligne le Cercle : promesse de gains rapides, rejet des intermédiaires traditionnels et des banques, goût du risque et du jeu, sentiment d’appartenance à une communauté de conviction. Seuls 21 % des Français jugent les cryptos « intéressantes », selon l’enquête du Cercle, mais cette proportion grimpe à 36 % chez les 18-24 ans et chute à 13 % chez les plus de 65 ans. Le fossé générationnel est béant. Il pose la question de la régulation de ces actifs numériques, de l’éducation financière des plus jeunes et de l’intégration progressive de ces nouveaux instruments dans l’écosystème de l’épargne française. Le cadre européen MiCA, entré en vigueur récemment, devrait contribuer à structurer le marché et à protéger les investisseurs, mais il ne suffira pas à lui seul à combler le déficit de connaissance qui entoure encore ces produits complexes et volatils.
